La découverte du fer, l’établissement de Burnt Creek et les infrastructures minières marquent le début de l’ère industrielle à Schefferville.
L’ampleur du potentiel minier commença à voir le jour vers 1937. Joseph Arlington Retty, docteur en géologie, joua un rôle déterminant dans le repérage de gisements de fer dans la zone frontalière du Québec/Labrador. À l’image de ses prédécesseurs, Retty fut guidé : en 1937 par Mathieu André, Chef de la communauté innue de Sept-Îles et en 1938 par Francis Pinette provenant des environs de Moisie; contribution essentielle à la réussite de ces voyages de découvreurs.
En 1929, un secteur d’une région isolée au 55ᵉ parallèle fut baptisé « Knob Lake » par 2 prospecteurs. À partir des années 1930, la prospection minière y a pris de plus en plus d’importance. Difficilement accessible, cette même région s’avérait être les territoires de chasse de maintes familles Innues; terres ancestrales transmises de génération en génération. L’histoire nous raconte que les territoires furent perdus aux profits des mines…
Installant son campement à Knob Lake (première appellation de Schefferville), le programme de prospection de Retty confirmait l’existence de 400 millions de tonnes de minerai de fer, de l’or rouge caché dans les sous-sols. Une exploitation minière prometteuse incita une dizaine de compagnies telles que la Hollinger North Shore Exploration, Hanna Mining, Labrador Mining, Republic, et Armco, entre autres, à fonder l’Iron Ore Company of Canada, un apport financier colossal dépassant les 145 000 000 $. À quelques kilomètres de Knob Lake, Burnt Creek voyait le jour en 1945. Ce campement principal recevait nombre de travailleurs assignés soit à l’ouverture des futures mines, soit aux services de cafétéria, dortoirs, ou comptoir postal faisant office de succursale bancaire. En 1946, les premières cabanes en bois rond s’érigeaient dans un secteur identifié « Burnt Creek » à quelques milles/km à l’Ouest de Knob Lake.
Le 27 juillet 1947 à Burnt Creek, les principaux actionnaires de l’IOCC officialisaient ce projet grandiose d’exploitation minière. Puis débuta l’Opération Ungava. Durant 49 jours, le Wagon-volant transporta des tonnes d’équipement par la voie des airs, à raison de 24 h par jour. Un nombre approximatif de 68 gisements de minerai de fer furent délimités. De 1954 à 1969, 45 636 000 tonnes de minerai furent extraites de seulement 2 mines. Dès 1957, des travailleurs établissaient un record de performance où en un seul jour 1 329 wagons furent chargés.
Afin d’acheminer le minerai, le transport ferroviaire Quebec North Shore & Labrador Rail Road fut fondé. Entre 1945 et 1950, 1 390 milles (2 236,5 km) de ligne d’arpentage furent déplacés pour en arriver à une voie ferrée de 357 milles (574,4 km).
Les cahiers personnels des arpenteurs relataient des mésaventures d’embarcation chavirant, de matériel emporté par les flots, d’innombrables ondées, de froid arctique où même les chiens gelaient par -50°F (-45,5°C).
De 1951 à 1954, une odyssée de 3 ans s’accomplissait dans des conditions extrêmes d’endurance, où des travaux majeurs furent réalisés dont 2 tunnels, 19 ponts et ponceaux, sans compter la traversée des marécages s’étendant sur plus du tiers du trajet. La compagnie aérienne Hollinger Ungava Transport (créée en 1948) achemina des tonnes de marchandises aussi inusitées que de la dynamite. Qualifié du plus imposant pont aérien civil de l’histoire, il comprenait 12 pistes principales. En simultané, 6 900 hommes travaillèrent sur le chemin de fer, le terminus de Sept-Îles, les campements le long de la ligne, le barrage de Menihek servant de pont ferroviaire et de centrale hydroélectrique, la ville de Schefferville et le secteur minier.
La cérémonie du Clou d’Or symbolique marquant la fin des travaux fut enfoncé le 13 février 1954 à Knob Lake, passant d’une température de -56°F (-48,8°C) la nuit à -20°F (-28,9°C) pour la cérémonie. Neuf familles résidaient à Oreway, au mille 186, qui était aussi le point de relais pour les cheminots permutant entre le Nord et le Sud. Une perche démontable, s’accrochant directement à la ligne téléphonique longeant le chemin de fer, servait à établir les communications.