De la mer jusqu’au 55ᵉ parallèle (Schefferville), cette exposition souhaite rendre hommage à nos bâtisseurs, toutes communautés confondues. Œuvrant d’arrache-pied, ils ont été les architectes d’un développement procurant une qualité de vie dans ce magnifique coin de pays.
Nichée au nord-est du Québec, Schefferville est une petite ville située dans la région administrative de la Côte-Nord, au sein de la MRC de Caniapiscau. Elle repose au cœur de la Fosse Québec-Labrador, une formation géologique riche en minerai de fer, qui a façonné son histoire et son développement dès 1947. Accessible principalement par train ou par avion, Schefferville est enclavée dans un vaste territoire de forêts boréales, de lacs et de toundra. Cette localité unique est aussi un lieu de rencontre de plusieurs cultures, où cohabitent les communautés innue de Matimekush-Lac John et naskapie de Kawawachikamach.
Musée Shaputuan, exposition permanente « En pays Innu… La marche des saisons », vêtements traditionnels.
Il semble que le 55ᵉ parallèle n’ait pas été détaillé dans sa cartographie, et ce, avant la confirmation de richesses naturelles découvertes aussi loin sur le territoire, ni selon la toponymie des Innus. Durant les années 1900 à 1945, la prospection ne battait pas encore son plein. Peu de blancs y étaient présents. Mais ce territoire voyait depuis longtemps des voyageurs… Les Innus! Partant des abords du Golfe St-Laurent, des groupes familiaux remontaient vers leurs terres de chasse transmises de père en fils depuis des générations.
L’arrivée de la saison froide annonçait le départ pour nombre de trappeurs. Maintes familles migraient vers le Nord. Ainsi, la rivière Moisie accompagnait ces marcheurs sur des milles et des milles. Les toboggans, chargés de l’essentiel, étaient tirés avec vigueur. Le secteur de l’Ashuanipi possédait également ses habitués. Plusieurs se rendaient même jusqu’à Menihek, Astray et plus haut encore. Un rythme de vie s’adaptait aux campements d’hiver. S’ajoutaient au fil du temps, des postes de traite. Actifs dans certains secteurs, le troc des fourrures y était prisé.
Chasse, pêche ou cueillette de petits fruits, ce peuple vivait des ressources de la nature. Rien n’était perdu! Comme pour le caribou, animal emblématique pour les Innus. Offrant sa vie pour réchauffer et nourrir, la peau du caribou se transformait en vêtements chauds, en objets utiles ou en pièces artisanales. La viande séchée ou fumée se conservait facilement, et les ossements devenaient outils. La descendance de ces marcheurs du Nord occupe le territoire et s’applique à conserver les valeurs traditionnelles.
Source photo « marcheur avec le toboggan », «Les-naskapis-peuple-des-grands-espaces. »
Peuple nomade depuis toujours, la nation Naskapie vivait au rythme de la migration du caribou. Ce parcours amenait les familles à marcher sur de longues distances, et ce, en toutes circonstances. Bravant les intempéries, les trajets s’étiraient de la baie d’Ungava aux terres du Labrador. Essentiel à la survie, ce cervidé à la chair délicieuse procurait nourriture, mais également des vêtements.
L’arrivée des postes de traite sur le territoire, au 19e siècle, changea de façon radicale un mode de vie ancestral. Situés à Fort Chimo et à Fort MacKenzie, il y avait là ces commerces typiques de l’époque où la fourrure était une marchandise
d’échange par excellence. Et la compagnie de la Baie d’Hudson exerçait une pression afin d’en obtenir des quantités considérables. Toutefois, ces emplacements stratégiques ne correspondaient pas avec les trajectoires de migration des caribous. Ainsi, un dilemme s’imposa aux Naskapis. L’entrée dans le 20ᵉ siècle n’allait pas se faire sans difficulté.
Leur mode de vie ne priorisait pas la quête de fourrure. De ce fait, ne remplissant pas les quotas exigés par la compagnie, les familles furent pénalisées. En leur refusant certaines fournitures, telles que des balles pour les fusils de chasse, une grande famine
s’abattit sur la communauté. Pour une question de survie, les Naskapis furent forcés de s’adapter. Quelques décennies plus tard, allant de rivières en portages, un périple de 404 milles (650 km) amenait des membres de cette nation à descendre plus au Sud. Devenant sédentaire au fil du temps, et démontrant une volonté dans leur épanouissement, les Naskapis ont apprivoisé le 55ᵉ parallèle.